Rituel matinal

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Rituel matinal

Message par Y'oreen le Mer 14 Jan - 16:03

Elle s'était réveillée juste à temps pour le voir finir de s'habiller. Il lui avait sourit et était venu s'assoir sur le bord du lit. Elle s'était redressée pour caresser le visage et passer ses mains dans les cheveux légèrement éclaircis de son amant. Une amélioration discrète mais qui avait fait bondir son coeur quand elle l'avait vu.

Il guérissait.... Si l'on pouvait dire. Le deuil de son amie commençait lentement à faire son chemin et ça la rassurait.

Il s'était penché, lui embrassant tendrement le front, la joue puis avait posé ses lèvres sur les siennes et elle s'était mise à trembler, submergée par le désir violent, sauvage et passionné que provoquait l'amour qu'elle avait pour lui.

Il avait les trait fatigués, les sourcils encore froncés. Même s'il avait été quelque peu apaisé par ses récentes découvertes sur le meurtre de son amie, la Compagnie dont il faisait parti n'allait pas bien. En tant que Conseiller, il devait en supporter les soucis et ça l'épuisait, elle le voyait.

Elle avait voulu l'aider, mais sa brusquerie guerrière, sa franchise trop nette, l'avait une fois de plus desservie. Elle qui voulait l'épauler n'avait réussit qu'à lui créer davantage de problèmes.

Il partit, non sans l'avoir embrassé une dernière fois, lui murmurant un "je t'aime" tendre qui lui avait réchauffé le cœur tout en lui faisant mal.

Elle lui avait encore fait une scène le jour d'avant, supportant difficilement ses absences, causées par son rôle prenant de Conseiller des Chevaliers.

Son récent handicap l'avait fragilisée bien plus qu'elle ne voulait se l'avouer, et elle le voulait à ses côtés, le sentir là pour la soutenir mais il ne le pouvait pas. Pas tout le temps, et elle ne le supportait pas.

Elle soupira longuement. Lui parti, Sarya, la jeune employée de la boutique allait arriver et ce qui allait suivre la dégoutait.

Quelques minutes.... Puis le petit grattement à la porte, le cliquètement de la porte qui s'ouvre, le sourire gentil et doux de la petit Miq'ote, les mots d'usage dans ce monde pour se saluer.

Sarya posa délicatement le plateau sur les jambes inertes de Cyrcée, puis s'assit à ses côtés. Tout en laissant la jeune femme prendre son petit déjeuner, elle babillait joyeusement, lui racontant les derniers potins de la Brumée, les petits commérages futiles mais drôles. Elle réussit même à tirer quelques sourires et un rire de l'ancienne combattante et elle s'en félicita silencieusement.

Cyrcée termina lentement sa tasse de thé, la reposa, puis son visage se ferma. Sarya lui laissa encore un peu le plateau sur les cuisses, laissant un petit répit à la jeune femme avant de lui demander de se lever.

Sarya enleva le plateau quand elle sentit que Cyrcée était prête, et cette dernière fit voler le draps et la couverture qui la recouvrait, dévoilant son corps nu, beau encore malgré ses jambes froides et inertes.

La jeune employée n'essaya pas de l'aider quand la jeune femme saisit ses béquilles pour se relever, elle savait que c’était, pour elle, un reste de dignité qu'elle voulait absolument garder.

Elle la laissa se diriger seule vers la douche, et attendit qu'elle soit immobile pour la rejoindre.

Elle fit couler l'eau sur le corps de Cyrcée, qui gardait la tête baissée, tournée vers le mur, la mâchoire crispée, les sourcils froncés.

Avec gentillesse Sarya commença à savonner le corps de la jeune femme, qui ne bougeait pas, figée dans l'horreur de subir ce qu'elle estimait être une humiliation.

Cyrcée se crispa davantage et étouffa un grondement quand la petite miqo'te passa sa main sur son intimité. Elle ne lui en voulait absolument pas, elle n'avait aucun geste déplacé, pas de caresse appuyée, pas de frottement dégouté, non, juste une toilette faite par une femme à une autre femme. Une aide simple et respectueuses, malgré cela, elle ne le supportait pas.

Sarya garda le silence, la lavant doucement, puis rinçant et enfin séchant le corps de celle qu'elle avait appris à estimer, sachant que ses paroles ne l'aideraient pas.

Puis elle partit vers l'armoire, reprenant un air jovial et détaché, laissant, une fois de plus, le temps à l'ancienne fée de se retourner et de revenir au milieu de la pièce seule, et sans aide.

"Alors !! Qu'allons-nous mettre aujourd'hui hum ?"

Elle farfouina bruyamment dans la garde robe, babillant toujours d'un air désinvolte. Une fois de plus, elle fit sourire Cyrcée et elle en ressentit une pointe de fierté.

Elle pris soin de choisir des sous-vêtements soyeux et sensuels, puis des vêtements tout aussi féminins. Elle revint vers la miqo'te et l'habilla en papotant, ce passage la étant moins pénible pour sa malade.

Puis, doucement, elle attacha la sacoche de cuir brun à la taille et à la cuisse de Cyrcée, vérifiant que la fiole d'anti-douleur y était toujours.

Elle se redressa et sourit gentiment à la jeune femme agrippée à ses béquilles.

"Voila ! Prête pour votre entrainement !"

Elle se retourna joyeusement et partie en lançant un jovial "au revoir !" Elle n'attendit pas de merci en retour, elle se l’interdisait, elle ne faisait pas ça pour en être remercier et ça n'aurait fait que renforcer l'impression de faiblesse de la jeune femme qu'elle connaissait fière.

Cyrcée attendit encore un peu, seule dans sa chambre. Elle avait toujours besoin d'un petit temps après cet épisode qu'elle haïssait, se dégoutant elle-même d’être à ce point si infirme qu'elle ne pouvait plus prendre soin d'elle.

Lentement, elle se dirigea vers la porte, quand un éclat de lumière fit briller ses dagues posées sur le coffre devant son lit.

Elle les fixa un instant, ses mains se crispèrent et elle ferma fortement les yeux, les souvenirs affluant brutalement.

Son arrivée dans la grande alcôve sombre où se terrait Y'ranok et son nouveau Clan constitué d'êtres paumés et rendu fanatiques par le charisme du frère de Y'oreen.

Leurs hurlements de douleur quand elle les avait blessé les uns après les autres. Elle ne s’était servie de ses dagues qu'une fois : pour sectionner les tendons du premier, celui gardant l'entrée. Une entaille nette, claire, anonyme qui aurait pu être faite par une lance, une épée, un poignard, rien qui puisse la relier à une arme en particulier. Le second garde, assommé contre le chambranle, se réveillerait avec le nez cassé.

D'autres cris de douleur, un poignet broyé, une épaule démise, un genoux déboité, elle respectait son contrat "Tu ne devras tuer que lui, aucun autre". Elle avançait rapidement vers l'homme à la moitié de visage déchiqueté, qui, la voyant se rapprocher, la fixait de ses yeux d'un bleu acier, haineux où transparaissaient la folie et la perversité.

Il était de son sang, elle devait le tuer.

Puis les glapissements de cet être abject, hurlant aux enfants assis devant lui d'attaquer, comme s'ils n'étaient que de simples animaux de combat.

Ils s'étaient tous levés, les yeux vides d'émotions, les traits comme figés. Des petites marionnettes, au service d'un gourou dément.

Elle les avait pris, un par un, et les avait juste jetés sur les coussins tapissant pratiquement tout le contour de la salle. Suffisamment loin pour qu'ils mettent du temps à revenir, mais pas assez pour que cela les blessent.

Elle avait tenté de les esquiver, mais sans devoir user de ses technique de combat, la tache avait été bien plus ardue. Tellement, qu'elle n'avait pu éviter les coups de poignards. Si elle ne ressentait pas la douleur, elle avait entendu ses chairs de déchirer, elle avait senti cet étrange poison bleu luminescent s'écouler en elle puis..... se forer un chemin jusqu'à son sang, jusqu'à sa magie, qu'il avait attaqué..... Et la douleur avait commencé à poindre, lentement.

Elle ne s'en était pas occupé, elle devait LE tuer.

Il avait hurlé quand elle s'était jeté sur lui, les pupilles blanches opalescentes.

Avait-il compris qui elle était vraiment ? Avait-il entendu les mots qu'elle lui avait crié avant de lui briser la nuque ? Des paroles venant d'un autre temps, si lointain, si âgé mais où, déjà, l'inceste était proscrit.

"Je te renie
Tu n'est plus de mon sang !
Infamie,
Tu n'es plus mon enfant !"

Le craquement sec de la nuque, le silence brutal.

Elle avait lâché Y'ranok qui s'était écroulé, ses yeux encore haineux éteints de toute vie.

Les cris au-dehors, les Impériaux qui arrivaient, les hurlements des fanatiques, elle s'était élancé vers la trappe dont elle connaissait l'existence pour l'avoir vu sur les plans. Sa porte de sortie, une longue glissade puis un plongeon et tout serait terminé. Elle rentrerait à la boutique et pourrait embrasser Falkhen.

Un couinement étouffé et terrorisé, deux petites billes vertes qui la regardait, une mèche de cheveux roux aux reflet bleus barrant le front juvénile d'une miqo'te terrée dans un coin.

La dernière victime d'Y'ranok.... le grain de sable dans l'engrenage bien huilé qu'elle avait peaufiné des heures durant. Ellea..... La petite oubliée dans les plans qu'on lui avait donné.

Un regard en arrière, les bruits de cavalcade qui se rapproche, plus le temps pour élaborer un autre plan.

Elle attrapa la jeune miqo'te et la balança sur son épaule. Le visage toujours concentré, elle se jeta dans le vide ordure, entrainant la jeune femme hurlante et complétement paniquée.

La longue glissade, l'éclat brutal du soleil, le bruit si doux des vagues, donner un coup de rein pour être la première à atterrir dans l'eau. Les sons qui s'évanouissent, étouffés par l'eau.....

Le craquement de sa colonne vertébrale..... le noir.....

Le réveil.... la douleur..... des visages inconnus.... Falkhen.....Kalten...... Elle les aiment si fort ! Elle ne veut pas les perdre.

Cacophonie de voix, piaillement des oiseaux, bruits des vagues.....

La douleur, la prise de consciente de n'être plus elle même, d'avoir perdu une part énorme de ce qui faisait d'elle une fée, la terrible sensation de l'inutilité de ses jambes.

Falkhen..... son refus de la ramener, de la porter.... Les yeux remplis de colère de Kalten.

Douleur encore, dans sa poitrine cette fois. L'un après l'autre ils sont partis. Un poignard dans le cœur, un autre dans le dos....

Elle rouvre les yeux, les souvenirs commencent à disparaitre, ne lui laissant que la tristesse.

Elle pousse un long soupir, ses yeux se détachant à regret de ses dagues, posées la, aussi inutiles que ses jambes.

Elle doit aller s'entrainer.... Réapprendre à marcher.... Se battre contre son corps.

Et demain.....

Le bruit d'une porte qu'on ferme, le cliquètements des béquilles sur le sol, un autre bruit de porte.

Sur le coffre, l'éclat de soleil bouge lentement, n'éclairant plus les dagues.
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